Mercredi, 17. février 2010
L’enthousiasme l’emportant sur tout le reste, Annaelle se tourne d’un coup, puis me refait face aussitôt.
- « Est-ce cet homme à la chevelure blanche ? ».
- « Oui c’est lui. ».
Annaelle se retourne de nouveau, mais cette fois plus lentement.
- « Qu’est-ce qu’il est… beau. Tu le connais ? ».
- « Non, et c’est même la première fois que je le vois ici. Il nous faut trouver une approche Madame. Je ne pense pas que ce genre d’homme se lie d’amitié comme ça. ».
- « Ecoute Bergram, parfois il est préférable de ne pas trop se poser de question, sinon il ne se passe rien. ».
Mon interlocutrice n’avait pas fini sa phrase qu’elle était déjà debout.
- « Je vais lui parler. ».
- « Annaelle, Annaelle je … ».
- « Plus tard Bregram, l’heure n’est plus aux doutes. ».
Annelle se dirige vers la table de l’étranger. Plus elle s’approche de lui, plus mon pou s’accélère.
Khama ne l’avait pas quitté des yeux. Il n’avait plus ce regard glacial de tout à l’heure. Finissant son verre, il semblait serein.
- « Bonjour Monsieur, je m’appelle… ».
- « Annaelle, c’est ça ? ».
- « … oui Annaelle. ».
- « Assayez-vous je vous prie. ».
- « Comment… comment connaissez-vous mon prénom ? ».
- « Nous verrons cela plus tard, si vous le voulez bien. Que puis-je faire pour vous ? ».
- « Je recherche des hommes pour entreprise. Je me dois d’être honnête avec vous d’entrée. Les chances d’en ressortir vivant sont faibles, très faibles. Aussi, sachez que votre prix sera le mien. ».
- « Certanes choses n’ont pas de prix. Quelle est cette entreprise si mortelle ? ».
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Jeudi, 28. janvier 2010
- « Parfait, présente-le moi. Est-ce une de tes connaissances ? Es-tu sûr qu’il est notre homme ? Où peut-on le rencontrer à cet instant ? ».
Mon invitée ne pouvait masquer son enthousiasme. Avoir trouvé celui que nous cherchions signifiait pour elle un nouvel espoir de mettre un terme à la souffrance sans nom qu’elle vivait depuis plusieurs semaines maintenant. Elle s’appelait Annaelle.
- « calme-toi Annaelle. Tu sais, s’il est vraiment notre homme, cela veut dire que nous sommes certainement autant en danger que le seront tes ennemis. », lui dis-je à voix basse. Même si je n’avais aucun risque d’être entendu, tant il régnait un vacarme animale dans ce lieu.
- « Je saurais lui parler. Je saurais le convaincre. Ce que j’ai à offrir en échange n’a pas de prix. Présente-le moi. Dis-moi où puis-je le trouver, dis-le moi Bergram. ».
- « Il te regarde, en ce moment même. Il ne t’a pas quitté des yeux depuis que tu es entrée. J’avoue que je ne sais pas trop quoi en penser. ».
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Jeudi, 31. décembre 2009
D’une voix calme et assurée, Khama s’adresse aux trois hommes restés dans l’expectative la plus totale. Le souffle court et les yeux grands ouverts, ils ne semblent plus si déterminés à aller au bout de leur entreprise.
- « Je ne poserai qu’une seule question. »
- « Pesez votre réponse. D’elle dépendra la longueur de votre espérance de vie. »
- « Faut-il que je me lève ? », demande Khama toujours aussi calmement. Mais son regard était révélateur de tout autre chose.
Les mutants ne réussirent qu’à émettre des sons bizarres. Jusqu’à ce que celui qui avait parlé en premier lieu lâche un :
- « Écoute l’ami… heu, écoute, reste assis si tu veux, c’est une bonne place tu verras. » Et s’adressant à ses comparses :
- « Bon aller tas de glands, arrêtez d’importuner ce voyageur. On se casse, direction le comptoir… y fait soif. Salut l’ami ! ».
Les trois mutants saluèrent Khama de la main et s’en retournent à leur activité favorite. Khama ne les regardait déjà plus. Son attention avait été attiré par une créature qui venait de franchir les portes de la taverne et qui se dirigeait vers moi.
- « Salut Bergram. Tu as trouvé l’homme que nous cherchons ? » me demande celle qui semblait tant intriguer ce chevalier venu d’ailleurs, une fois arrivée à ma hauteur.
- « Assieds-toi. », lui dis-je. Elle prend alors une chaise vacante d’une table à côté et s’assoie en face de moi, me cachant la vue.
- « Tu as trouvé notre homme ? », reprend-t-elle.
- « Peu-être…, peut-être Madame. », lui dis-je en me penchant très légèrement sur le côté pour regarder par dessus son épaule. Khama ne nous avait pas quitté des yeux.
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Lundi, 30. novembre 2009
Bassafonde est une ville marchande très active et très peuplée. Le fleuve Eterna, qui démarque les quartiers aisés des bas fonds, lui confère une position stratégique en matière de commerce et d’affaires en tout genre.
Chaque mois, ce sont des dizaines de bateaux qui vont et viennent. Certains arrivent de pays que je ne connais pas.
L’Eterna prend sa source dans un territoire rocheux inexploré, située au nord-est du continent. Il parcourt la moitié supérieure du pays d’est en ouest, pour venir se jeter dans l’Océan Sans Fond.
Des prêtres-fermiers des hautes vallées environnantes, aux voyageurs en quête d’une vie nouvelle, en passant par les nomades des terres sableuses, chacun vient à Bassafonde pour monnayer tout ce qui peut l’être.
C’est dans l’une des nombreuses tavernes de cette ville bouillonnante que je fis la connaissance de Khama.
Il était assis à une table, un verre d’un breuvage jaune à la main. Devant lui, trois mutants en surdose d’alcool qui avait manifestement décidé de souhaiter une bienvenue d’un genre particulier à cet étranger.
- « Hey l’artiste !? Moi et mes potes on n’aime pas ta gueule. En plus, t’es assis à not’ table ! ».
- « Oh ducon, t’es sourds ou quoi !? ».
Quand Khama leva doucement les yeux vers l’homme qui vociférait, il m’a semblé que la température de la pièce elle-même avait baissé. Son regard était aussi glacé que les tréfonds d’un abysse. Les trois mutants eurent un mouvement de recul en même temps.
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Samedi, 31. octobre 2009
Cet homme présentait une constitution physique hors du commun. Il était de grande stature et semblait extrêmement robuste. D’une plastique sculpturale, on pouvait voir le dessin de ses muscles même à travers ses vêtements.
Il portait une veste courte et un pantalon de cuir noir épais, dont la texture faisait penser à du métal organique. L’ensemble était recouvert par un long manteau de matière et de couleur identiques. Une longue chevelure blanche comme la neige venait se poser sur ses larges épaules.
Le teint mat de sa peau surlignait un visage déjà d’une grande beauté. Je ne me souviens pas avoir jamais rencontré une personne au regard aussi charismatique et aussi déterminé. Une chose m’intriguait plus encore, il ne semblait pas porter d’armes.
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Vendredi, 2. octobre 2009
Après plusieurs jours de route, le chevalier au destrier noir approchait de Bassafonde, dernier lieu de vie connu avant les infranchissables terres glacées du Grand Nord.
Il court une vieille légende à propos de cet homme dont je n’ai jamais oublié le nom, Khama. On dit qu’il serait le fils d’un dieu et d’une prêtresse-mage.
Je ne compte plus le nombre de récits que j’ai entendu à son sujet. J’ai longtemps cru qu’il ne s’agissait que d’un mythe. Le regard qui croisa le mien en cette après-midi d’été me fit oublier mes certitudes.
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Mardi, 1. septembre 2009
Une histoire raconte que deux jeunes guerriers Blancs réduirent à néant une horde de pirates des sables, réputés pour leur barbarie. Ils étaient 70.
Tous les envahisseurs, tous les ennemis de l’intérieur qui ont croisé le chemin de ces guerriers ne sont plus qu’ossement ou cendre. Mais ce qui les rendait redoutables au delà du possible était une faculté mentale qui leur permettait de lire dans les pensées.
Pourtant, au matin d’une bataille qui dura 19 jours et 19 nuits, le dernier des 500 guerriers Blancs s’écroula du haut de son imposante stature, la colonne vertébrale brisée.
Ce jour là, même l’enfer faisait office de lieu paisible.
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Mardi, 1. septembre 2009
Les Guerriers Blancs ont semé panique et terreur des générations durant. Des plaines reculées d’Isortha à l’Est, aux Mers de feu, plus au Sud, ces combattants de la nuit tuaient pour de l’or et des diamants.
Ils n’avaient connu aucune défaite. On dit que même le diable avait peur d’eux.
Leur nom leur venait de la couleur des armures qu’ils portaient. Incandescentes, comme si elles avaient été chauffé à blanc.
L’origine des ces hommes reste mystérieuse. Ils pouvaient franchir des cours d’eau larges de 10 mètres ou faire des sauts de 6 mètres de haut à la seule force de leurs cuisses, courir 3 jours sans un seul arrêt et terrasser les pires bêtes sauvages des forêts souterraines à mains nues.
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Vendredi, 7. août 2009
Au loin, des montagnes escarpées à perte de vue qu’un ciel rouge sombre rendait encore plus hostiles. Le silence qui régnait dans ces lieux était plus glacial que tous les vents nordiques de ma terre natale.
Je m’appelle Bergram. Je vais vous conter une histoire que je me refuse à croire moi-même. Pourtant j’étais là. Pourtant mes yeux ont vu ce qu’il ne fallait pas voir. Ces cris sans nom continuent de résonner dans mes oreilles parfois. Et bien que 50 années aient passé, il m’arrive encore de me réveiller en sursaut la nuit venue, lorsque mes pensées s’égarent.
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Mardi, 4. août 2009
Il montait son puissant destrier noir… une bête magnifique, une force de la nature sur laquelle le temps semblait ne pas avoir d’emprise. Je me suis souvent demandé si ce cheval n’était pas immortel. « Black Storm », je crois que c’était son nom.
Cela faisait cinq jours qu’il chevauchait. Il n’avait ni mangé ni dormi depuis. Mais qui, ou quoi, peut rester aussi longtemps sans dormir ? Il traversait une contrée éloignée, une terre de désolation où les hommes ne s’aventurent plus. Sa destination était le Pays des Ombres.
Tant d’histoires ont été raconté sur ce lieu. Ce lieu d’où l’on ne revient pas dit-on, sinon différent, changé… en quelque chose.
Personne n’avait encore pu mettre de nom sur cette chose. Il voulait savoir…
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