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Le Pays de Ombres (Livre 1.7)

Jeudi, 31. décembre 2009

D’une voix calme et assurée, Khama s’adresse aux trois hommes restés dans l’expectative la plus totale. Le souffle court et les yeux grands ouverts, ils ne semblent plus si déterminés à aller au bout de leur entreprise.

- « Je ne poserai qu’une seule question. »
- « Pesez votre réponse. D’elle dépendra la longueur de votre espérance de vie. »
- « Faut-il que je me lève ? », demande Khama toujours aussi calmement. Mais son regard était révélateur de tout autre chose.

Les mutants ne réussirent qu’à émettre des sons bizarres. Jusqu’à ce que celui qui avait parlé en premier lieu lâche un :
- « Écoute l’ami… heu, écoute, reste assis si tu veux, c’est une bonne place tu verras. » Et s’adressant à ses comparses :
- « Bon aller tas de glands, arrêtez d’importuner ce voyageur. On se casse, direction le comptoir… y fait soif. Salut l’ami ! ».

Les trois mutants saluèrent Khama de la main et s’en retournent à leur activité favorite. Khama ne les regardait déjà plus. Son attention avait été attiré par une créature qui venait de franchir les portes de la taverne et qui se dirigeait vers moi.

- « Salut Bergram. Tu as trouvé l’homme que nous cherchons ? » me demande celle qui semblait tant intriguer ce chevalier venu d’ailleurs, une fois arrivée à ma hauteur.
- « Assieds-toi. », lui dis-je. Elle prend alors une chaise vacante d’une table à côté et s’assoie en face de moi, me cachant la vue.
- « Tu as trouvé notre homme ? », reprend-t-elle.
- « Peu-être…, peut-être Madame. », lui dis-je en me penchant très légèrement sur le côté pour regarder par dessus son épaule. Khama ne nous avait pas quitté des yeux.

Le Pays de Ombres (Livre 1.6)

Lundi, 30. novembre 2009

Bassafonde est une ville marchande très active et très peuplée. Le fleuve Eterna, qui démarque les quartiers aisés des bas fonds, lui confère une position stratégique en matière de commerce et d’affaires en tout genre.

Chaque mois, ce sont des dizaines de bateaux qui vont et viennent. Certains arrivent de pays que je ne connais pas.

L’Eterna prend sa source dans un territoire rocheux inexploré, située au nord-est du continent. Il parcourt la moitié supérieure du pays d’est en ouest, pour venir se jeter dans l’Océan Sans Fond.

Des prêtres-fermiers des hautes vallées environnantes, aux voyageurs en quête d’une vie nouvelle, en passant par les nomades des terres sableuses, chacun vient à Bassafonde pour monnayer tout ce qui peut l’être.

C’est dans l’une des nombreuses tavernes de cette ville bouillonnante que je fis la connaissance de Khama.
Il était assis à une table, un verre d’un breuvage jaune à la main. Devant lui, trois mutants en surdose d’alcool qui avait manifestement décidé de souhaiter une bienvenue d’un genre particulier à cet étranger.

- « Hey l’artiste !? Moi et mes potes on n’aime pas ta gueule. En plus, t’es assis à not’ table ! ».
- « Oh ducon, t’es sourds ou quoi !? ».

Quand Khama leva doucement les yeux vers l’homme qui vociférait, il m’a semblé que la température de la pièce elle-même avait baissé. Son regard était aussi glacé que les tréfonds d’un abysse. Les trois mutants eurent un mouvement de recul en même temps.

Le Pays de Ombres (Livre 1.5)

Samedi, 31. octobre 2009

Cet homme présentait une constitution physique hors du commun. Il était de grande stature et semblait extrêmement robuste. D’une plastique sculpturale, on pouvait voir le dessin de ses muscles même à travers ses vêtements.

Il portait une veste courte et un pantalon de cuir noir épais, dont la texture faisait penser à du métal organique. L’ensemble était recouvert par un long manteau de matière et de couleur identiques. Une longue chevelure blanche comme la neige venait se poser sur ses larges épaules.

Le teint mat de sa peau surlignait un visage déjà d’une grande beauté. Je ne me souviens pas avoir jamais rencontré une personne au regard aussi charismatique et aussi déterminé. Une chose m’intriguait plus encore, il ne semblait pas porter d’armes.

Le Pays de Ombres (Livre 1.4)

Vendredi, 2. octobre 2009

Après plusieurs jours de route, le chevalier au destrier noir approchait de Bassafonde, dernier lieu de vie connu avant les infranchissables terres glacées du Grand Nord.

Il court une vieille légende à propos de cet homme dont je n’ai jamais oublié le nom, Khama. On dit qu’il serait le fils d’un dieu et d’une prêtresse-mage.

Je ne compte plus le nombre de récits que j’ai entendu à son sujet. J’ai longtemps cru qu’il ne s’agissait que d’un mythe. Le regard qui croisa le mien en cette après-midi d’été me fit oublier mes certitudes.